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Écrivain public
 
 
   
 
 
   
 
 
   
 
 
 
I – Les prestations
 
 

– Correction de textes (voir la rubrique correspondante).
– Récits de vie : c’est notre spécialité depuis bientôt 17 ans. Nous avons été un des premiers en France à proposer un service complet pour l’écriture et la publication des récits de vie. Nous travaillons à partir d’entretiens oraux, d’une heure et demie ou deux heures, et nous comptons deux ou trois heures d’écriture pour une heure d’entretien. Le texte rédigé peut ensuite être transformé en livre (voir la rubrique édition), avec ajout de documents et photos, et nous pouvons aider à sa promotion.
Édition : Écritures est une maison d'édition fondée en février 1997 à Brive, ville littéraire s'il en est. Elle s'inscrit dans la continuité du travail d'écrivain public entrepris par Pierre-Yves Roubert depuis avril 1995. Elle est le complément de l'activité d'écriture proprement dite, qu'elle permet de prolonger au mieux. Écritures articule ses publications autour de deux axes principaux :
- des récits à base autobiographique, lorsqu'ils ont été suffisamment travaillés et qu'ils reflètent une époque, des situations, des émotions dans lesquelles les lecteurs peuvent se retrouver ;
- des textes plus littéraires, dans lesquels le style compte autant que l'histoire, écrits par des auteurs non encore reconnus mais dont le talent mérite d'être mis en valeur.
Voir également la rubrique Publications Écritures
– Rédaction de lettres : administratives, de motivation, d’amour, de réclamations… La correspondance est un travail de base de l’écrivain public.
Dactylographie : saisie informatique avec correction des fautes et respect de la typographie.
– Rapports, discours, mémoires : mise en forme de documents divers en fonction du public et du résultat espéré.
– Recueil de témoignages : écoute avec prise de notes puis transcription écrite.
– Réécriture (de récits, de romans, d’essais…) : amélioration d’un texte avec travail sur la syntaxe et le style.
– Secrétariat d’entreprise : comptes rendus de conférences ou de réunions, courrier.
– Formation à la rédaction, à la note de synthèse… : nous sommes amenés à intervenir au sein d’entreprises et d’administrations lors de séminaires organisés pour le personnel à différents niveaux. Voir rubrique Formation
– Lecture à domicile : pour personnes malvoyantes ou non-voyantes. Choix des livres et des horaires adapté.

– Ateliers d'écriture : ouverts à tous ceux qui veulent : se faire plaisir en écrivant, progresser dans leur écriture, partager leurs écrits.
La participation à un atelier n'exige aucun niveau particulier, simplement une envie d'échanger à partir de différents jeux, exercices et suggestions d'écriture. Souvenirs, imagination, méthode, seront stimulés successivement afin que chaque participant puisse se sentir à l'aise à l'écrit quels que soient ses besoins, et utiliser ses acquis dans sa vie professionnelle, personnelle ou sociale.
La durée d'un atelier est généralement d'une heure et demie ou deux heures, avec un groupe de 5 à 10 personnes.
P.Y. Roubert anime des ateliers depuis 7 ans. Sur simple demande, des ateliers peuvent être organisés dans des lieux publics ou privés, en entreprise, en milieu scolaire, en résidence...

Concepteur-rédacteur :
Les collaborations ponctuelles avec deux agences de communication, l'organisation d'événements publics et de campagnes électorales pendant sept ans, la collaboration pendant six ans à la rédaction d'un hebdomadaire régional, et plus encore l'habitude de nous mettre dans la peau d'un client pour l'aider à atteindre ses objectifs, nous ont permis d'acquérir les compétences des concepteurs-rédacteurs.
            Nous proposons ainsi les prestations suivantes :
– synthèse et mise en valeur d'informations ;
– élaboration des concepts marketing ou publicitaires, choix des idées à retenir ;
– définition des messages en fonction des supports et des cibles ;
– recherche de titres et de formules ;
– rédaction d'accroches, de bodys, de signatures.

 
 
 
 
II – Réflexion sur le rôle et les qualités de l’écrivain public
 
 

Écrivain public. Gardons le terme employé le plus communément. On parle aussi d’écrivain conseil, de rédacteur, de nègre, de plume.
L’écrivain public, qui est-ce ? C’est celui qui prête sa plume à tous ceux qui aimeraient bien dire quelque chose et qui n’y arrivent pas. L’écrivain public est là pour les aider à mettre en forme le message qu’ils veulent transmettre. Mais il n’est pas l’auteur du texte qu’il rédige ; seul son client peut prétendre à ce titre. On pourrait ainsi l’appeler l’écrivain privé, parce que son nom n’apparaît pas. Il n’est qu’un intermédiaire. On fait appel à lui comme à un détective, privé, qui suit les pistes, remonte les filières, mène l’enquête, mais s’efface au moment du dénouement. Il a vocation à rester dans l’ombre.
Les écrivains publics sont-ils pour autant frustrés par leur confinement ? Souhaiteraient-ils exister au grand jour ? Non. La discrétion fait partie intégrante de leur profession. Sans anonymat, ils n’ont plus de raison d’être. La qualité principale de l’écrivain public est de savoir se glisser dans la peau de son commanditaire. Il est caméléon par excellence. Il n’a pas d’identité propre, ou plutôt, il emprunte des identités, temporairement. Le temps de rendre lisible la pensée qu’il est chargé de véhiculer. Il est le signifiant.
Il reste qu’on sollicite souvent son avis sur le signifié. « Qu’en pensez-vous ? Est-ce que l’on peut écrire cela ? » Là, c’est sur le sens qu’on l’interpelle. Quelquefois, la question est plus directe : « Que dois-je dire ? » Pas facile de se positionner. Il faut rappeler au questionneur que c’est à lui de dire ce qu’il souhaite. Le faire préciser son point de vue, l’aider à l’établir, à l’étayer. Puis reformuler à haute voix, pour vérifier que l’on a bien compris
De lui-même, l’écrivain public peut être amené à intervenir sur le contenu d’un écrit dont on le charge. S’il sent que la pensée est floue, que des idées sont contradictoires, s’il repère une erreur, de fait ou d’analyse. Question de déontologie. Mais il ne faut pas intervertir les rôles. Question de dosage, de tact.
L’écrivain public est un cerveau qui comprend, un stylo qui écrit, un ordinateur qui corrige, un homme qui réagit. Il rédige des lettres personnelles, des courriers administratifs, retravaille des poèmes, des chansons ou des discours, réalise des autobiographies, des histoires d’individus ou de famille. Il travaille pour ceux qui n’ont pas le temps, qui ont perdu l’habitude, ou qui ne savent pas comment s’y prendre.
Il est polyvalent, utile, doué pour l’écriture mais pas seulement. Il est beaucoup de choses à la fois, même si sa mission paraît simple. Avec le temps, son rôle a évolué. Il est désormais un professionnel averti, apte, grâce à son écriture, à répondre à de multiples demandes.

Des origines lointaines
Dans l’Antiquité, très peu de gens étaient capables d’écrire. Ceux qui savaient possédaient un véritable atout, dont ils pouvaient user de diverses manières. Le plus souvent, ils se mettaient au service d’un dirigeant ou d’un gouvernement. On les appelait communément les scribes. Scribe, du latin scribere, qui veut dire écrire. Le scribe était celui qui écrivait à la main. Dans l’Égypte ancienne, en Grèce et à Rome, le mot recouvrait un caractère officiel ; dans ces sociétés sans imprimerie, le scribe rédigeait, copiait ou recopiait les textes politiques ou administratifs importants, que l’on souhaitait pouvoir montrer ou conserver. Chez les juifs, le scribe était carrément une sorte de professeur de droit et de théologie.
En Europe, les moines tinrent souvent le rôle du scribe, auquel ils donnèrent une connotation aussi religieuse qu’artistique. Certains ouvrages calligraphiés et enluminés par eux sont de véritables chefs-d’œuvre. En France, il n’y a pas si longtemps, les prêtres étaient à peu près les seuls lettrés de leur paroisse. Combien de documents d’archives et d’état-civil ne leur doit-on pas ? Puis, progressivement, quelques laïcs se familiarisèrent avec l’écriture publique ; c’est ainsi qu’apparut le personnage de l’instituteur de la Troisième République, qui non seulement transmit son savoir aux enfants mais assura pendant près d’un siècle les fonctions de secrétaire de mairie.
Ces hommes ne ressemblaient guère à l’écrivain public installé dans la rue, sur un tabouret devant sa petite table. Cette image plus populaire n’est pas fausse pourtant, mais elle s’inscrit davantage dans les civilisations africaines et orientales. Jadis, les illettrés, soit la quasi-totalité de la population, venaient voir celui qui savait écrire ; on comptait sur lui pour résoudre un problème, grâce à un courrier bien tourné qui ferait mouche. Cette pratique est relativement récente et demeure encore en divers points du globe.
On assimilait ainsi l’écriture publique à l’illettrisme d’une part, à l’absence de technique d’imprimerie d’autre part. Après Gutenberg d’abord, Jules Ferry ensuite, on aurait pu croire qu’elle cesserait. Il y a eu certes diminution ; elle avait quasiment disparu dans les sociétés occidentales après la Seconde Guerre mondiale. Dans leur très grosse majorité, les individus étaient alors capables de rédiger les phrases dont ils avaient besoin ; et ceux qui ne le savaient pas s’en passaient. Ou du moins on ne s’en souciait pas.
Or, même s’il faut se méfier des impressions, il semble que le métier d’écrivain public connaisse un certain regain depuis une dizaine d’années. Pourquoi donc ce renouveau ? Le nombre d’analphabètes a-t-il augmenté soudain ? Non. En dépit des propos alarmistes, et des statistiques inquiétantes malgré tout, de moins en moins de personnes restent privées de la possibilité d’écrire.

Un besoin d’écrire renouvelé
Si le besoin d’aide à l’écriture subsiste, c’est parce que nous vivons dans des sociétés où l’on peut difficilement se passer de l’écriture, et que, paradoxalement, nous avons perdu l’habitude d’écrire. D’où la nécessité d’une aide extérieure.

Pas de vie en société sans écriture
L’élévation du niveau de vie et la démocratisation des sociétés occidentales ont entraîné une certaine codification des rapports humains, dans tous les domaines. On signe des contrats, on formule des réclamations, on remplit des dossiers. Or, les supports papier sont devenus si nombreux et si complexes que beaucoup de personnes se trouvent démunies face aux lignes et aux cases qu’elles doivent noircir. « On nous demande des choses impossibles », entend-on régulièrement. Les courriers à la compagnie d’assurance, au notaire, à l’administration, à l’employeur ou au propriétaire, les raisons à invoquer, les tournures à employer, la forme à donner, rebutent les moins chanceux qui se sentent dépassés, perdus face à des phrases incompréhensibles et des caractères rébarbatifs. Un des premiers rôles de l’écriture est de permettre cette intégration dans la société moderne, de plus en plus basée sur le contrat écrit entre deux personnes.
L’évolution du marché de l’emploi a elle aussi conduit à une augmentation des actes écrits. La place prise par un secteur tertiaire envahissant, et un quaternaire (associatif) en plein essor, au détriment de secteurs primaire et secondaire occupant de moins en moins de monde, a obligé les actifs à utiliser davantage le stylo, informatique ou pas. La plupart des employés se trouvent confrontés à des notes, rapports, documents, à rédiger, lire, annoter, compléter, appliquer. Le commerce lui-même n’est-il pas régi par des bordereaux, des traites ou des bons de commandes ? On parle encore de cahier des charges, de règlement intérieur ou de statuts. Ou de conventions collectives, de motions syndicales, de lettres de revendications. Autant de termes qui soulignent l’importance des textes dans les relations professionnelles.

Une maîtrise de l’écrit limitée
Or, si l’écriture est devenu un acte indispensable à la socialisation, elle est souvent perçue comme un exercice difficile. Il faut pouvoir s’installer dans de bonnes conditions, au calme, trouver un stylo ou un ordinateur, qui marche, du papier, une table, une pièce. Il faut ensuite tracer ou taper les lettres correctement, dans le bon ordre. Ce n’est pas simple d’ordonner sa pensée, encore moins de la rendre lisible. Surtout quand la syntaxe, la grammaire et l’orthographe s’en mêlent. Là, tout se complique : les participes passés, les accords, les subjonctifs, les conjonctions de coordination, etc.
Écrire nous paraît compliqué parce que nous en avons perdu l’habitude (comme de lire). Internet nous oblige certes à écrire tous les jours ou presque, mais tout le monde ne l’utilise pas. Et ceux qui l’utilisent se servent pour ce faire d’un langage uniforme et limité qui est de peu de secours pour rédiger une lettre ou un texte plus long, argumenté ou nuancé.

L’aspect thérapeutique de l’écriture
L’écriture a une autre raison d’être, qui provient elle aussi de notre mode de vie contemporain : on écrit parce qu’on n’a pas pu dire certaines choses, et se faire comprendre de certaines personnes. On a envie de revenir sur le sujet qui nous tourmente, qu’on a laissé échapper sans le traiter comme on le voulait. Cela peut être un événement, une relation, une amitié, un amour, une époque, qu’on souhaite retrouver en écrivant sur le sujet. Car il faut du temps, et du recul, pour bien exprimer sa pensée, pour faire le point comme on dit. Nos sociétés sont celles de la vitesse, et de la solitude ; les liens sociaux sont souvent distendus, les familles éclatées. Il n’est donc pas étonnant qu’apparaisse le besoin d’écrire, pour clarifier les choses et faire passer un message que l’on n’aura pas pu ou su faire passer à l’oral.

L’écriture pour le plaisir
On peut enfin écrire par plaisir. Là, l’écriture rejoint la conversation. On a tous besoin de parler, et le plus souvent, osons le dire, de parler de soi. Soi-même, bien sûr ! Le reste, hein ? Lorsqu’on met sa vie, ou son imagination, sur du papier, il n’y a pas lieu de craindre d’être orgueilleux. Personne n’est forcé de nous lire. On ne le souhaite pas parfois, et le journal reste « intime ». Alors n’hésitons pas. L’écriture s’avère dans ce cas un irremplaçable outil. Lorsqu’on raconte sa vie, pour mieux la comprendre, l’apprécier, pour que, si on le décide, les proches puissent la connaître, on s’offre de très bons moments.
De même, lorsqu’on se laisse aller à la poésie, ou au roman. C’est agréable de tirer de soi de belles phrases, de belles idées, des personnages, des histoires. On n’en revient pas, souvent. C’est moi, ça ? Oh ! On en pleurerait. D’émotion.
Pour toutes ces raisons, quand on ne sait pas écrire, ou pas bien, ou qu’on n’a pas le temps et la disponibilité d’esprit, on fait appel à l’écrivain public. Chaque professionnel rencontre ces différents types de motivation.

Des demandes multiples
Les raisons de faire appel à l’écrivain public ne manquent donc pas. Même si certains professionnels sont spécialisés dans quelques types de textes seulement, la clientèle potentielle est des plus variées.

Correspondance
L’aide à la correspondance est aujourd’hui sollicitée avant tout pour trois sortes de courriers :
– administratifs : à cause du rejet que suscite l’établissement de dossiers, soit que l’on ait peur de ne pas indiquer correctement les éléments demandés, soit que l’on ne veuille pas prendre le temps de les fournir. Ce sont des demandes de régularisation, d’exonération, de nationalité, de couverture sociale, de pièces d’état-civil, d’allègement fiscal… ;
– pré-contentieux : quand on rencontre un problème qui ne nécessite pas les services d’un avocat, longs et onéreux, mais qui mérite tout de même un courrier aux termes choisis et à la construction rigoureuse ;
– de recherche d’emploi : le C.V. bien sûr, et la lettre de motivation encore plus, exigent une présentation soignée. C’est l’importance de l’enjeu qui pousse la personne en recherche à faire appel à des compétences extérieures, qui l’aideront à se mettre en valeur avec quelque chance de succès.

Recueil de mémoire
L’autre type de demande qui revient souvent concerne la mise en forme de souvenirs. Il s’agit là de textes longs, nécessitant de nombreuses heures de travail. Le client apporte sa parole, ou ses cahiers, et demande à l’écrivain public de rédiger à partir de cette matière première une histoire personnelle, de famille, de village.
Après quelques entretiens, l’écrivain public commence à écrire, en se mettant dans la peau du commanditaire. Le « je » n’est bien sûr pas le sien, ni quant au fond ni quant à la forme. Quand toute la matière a été recueillie puis mise en valeur, l’écrivain public soumet le texte au client, qui le corrige. Une « navette » débute ainsi, jusqu’à la mise au point d’une version définitive qui satisfasse le commanditaire.

Discours, Documents, Divers
Il y a enfin l’écriture et la réécriture sous toutes leurs formes : le mémoire que l’étudiant veut faire corriger, les travaux que le chercheur débordé par son érudition veut synthétiser, le discours que l’homme politique n’a pas le temps de préparer… Sans oublier la personnalité qui doit signer un livre, qu’elle n’a ni le temps, ni l’envie, ni les capacités de réaliser.
Les correspondances personnelles sont plus rarement soumises à l’écrivain public, qui se régale cependant quand par bonheur on lui demande une belle lettre d’amour.
À cette diversité des demandes correspond une diversité des clients. On s’aperçoit aisément qu’il n’y a plus guère de lien entre l’écriture publique et l’illettrisme. Aujourd’hui, ce ne sont pas que les déshérités ou les rejetés du système qui font appel à une aide extérieure, loin s’en faut. Tous les milieux et tous les âges peuvent se croiser dans le cabinet du docteur des mots.

Le profil de l’écrivain public
À l’écoute des hommes et des femmes qui se sont lancés dans cette aventure risquée, on peut déduire un certain nombre de traits communs aux membres de cette corporation qui n’en est pas une.

Les qualités nécessaires à la fonction
L’aisance dans le maniement des mots constitue, cela va de soi, le minimum. Mais ce savoir technique, suffisant pour un rédacteur employé à une tâche précise dans une administration ou une entreprise privée, ne l’est pas pour un professionnel autonome, qui se doit d’être polyvalent. Il doit pouvoir écrire de tout, sur tout, pour tout le monde. De plus, travailleur indépendant, l’écrivain public doit se comporter en chef d’entreprise, c’est-à-dire veiller à ce que les recettes soient supérieures aux dépenses, à ce que son activité évolue dans le bon sens, à constituer et développer une clientèle grâce à la fourniture d’un service correspondant à un marché. Si l’on ne saurait réduire l’écrivain public au rôle de commercial ou de comptable, on ne peut passer sous silence ces dimensions, qui impliquent à la fois esprit d’initiative, rigueur, et souplesse dans l’organisation, ce qui revient à dire grosse capacité de travail.
L’empathie signifie la faculté à comprendre autrui, à s’identifier à lui. Elle est le sésame pour entrer dans la personnalité du client, étape indispensable pour ensuite transcrire le message voulu.
L’écoute, cette vertu si généralement louée, si souvent bafouée, est indispensable à l’écrivain public. Son talent pourrait l’inciter à écrire vite. Trop vite. Il serait à ce moment-là lui-même et non plus son client. Il faut un certain temps pour apprécier la complexité d’un individu, comprendre ses desiderata, ses attentes. Ce n’est qu’après une phase d’assimilation, qu’elle soit, selon le travail demandé, de quelques minutes ou de plusieurs heures, qu’interviendra l’écriture proprement dite.

Ni secrétaire, ni psychiatre
Ainsi, l’écrivain public n’est pas un simple secrétaire amélioré. Mais il n’est pas non plus psychiatre. Expliquons-nous. Quand une personne souhaite une aide pour raconter tout ou partie de son histoire personnelle, la phase d’écoute est relativement longue. Elle peut prendre la forme d’entretiens au cours desquels le professionnel prendra de nombreuses notes, posera des questions, etc. Même s’il travaille à partir de cassettes ou de cahiers, il devra creuser ou reprendre de nombreux passages. Ceci implique une mise à nu du client, qui va livrer à son interlocuteur des éléments intimes de son existence. Un souvenir en appelant un autre, il va même redécouvrir des faits et gestes qui pourront susciter en lui une forte émotion. Souvent, les larmes viendront, et elles couleront. Le client repartira bouleversé de son entretien.
Dans ce cas, l’écrivain public se doit de rappeler de lui-même les limites de son rôle. Certes, la fonction thérapeutique de la parole, et de l’écriture, même par plume interposée, n’est plus à prouver. Elle ne saurait toutefois remplacer une thérapie, c’est-à-dire un traitement médical du souvenir, si celui-ci est un traumatisme.
Je fus un jour devant une femme qui voulait mettre par écrit le viol dont elle avait été victime à l’âge de dix ans. Après une longue phase d’écoute, et un premier travail d’écriture, j’avais dû refuser d’aller plus avant dans le texte que la femme espérait ensuite publier. Je m’efforçai de lui montrer que son émotion, déjà considérable, augmenterait encore en cas de parution, et qu’elle ne serait peut-être pas en mesure d’accueillir sans dommages les réactions qui ne manqueraient pas. Le poids des mots risquait d’être trop lourd et de la conduire à une crise grave. Je lui conseillai de consulter un psychologue, et lui donnai les coordonnées d’une association. « Après, dis-je, si vous le souhaitez, nous verrons si nous pouvons poursuivre le travail d’écriture ».

Savoir recueillir la vie
On touche ici la question du bien-fondé de l’autobiographie. Demande de plus en plus fréquente du client : « Je veux raconter mon histoire, j’ai des choses à dire, il m’est arrivé des trucs incroyables ». Écrit-on jamais autre chose que son autobiographie ? La Recherche est-elle un roman ? À cette question posée ici sous forme de boutade, on peut répondre ceci (qui n’est pas exclusif) : il faut souvent avoir écrit tout ou partie de son autobiographie pour passer à autre chose. Publiée ou pas, la tranche de vie apparaît comme une libération nécessaire, préalable à une éventuelle œuvre de fiction dans laquelle l’imagination prendra davantage de place que le souvenir.
La majorité des auteurs anonymes qui font appel à une aide extérieure ne publiant en majorité qu’un livre, considéré par eux comme une sorte de testament, au moins d’aboutissement, ce dernier a généralement les caractéristiques de l’autobiographie. Elle apparaît alors comme une sublimation du journal intime ou de l’étude généalogique : c’est parce qu’on n’a pas eu le courage de tenir le premier, ou parce qu’on lui trouve un côté indigeste, qu’on se lance dans une construction plus synthétique et rigoureuse ; c’est parce qu’on ne se contente pas de dates et de lieux de naissance, ou parce qu’on ne les trouve pas, qu’on entreprend de narrer l’histoire de sa famille, donc la sienne. On a envie de se situer dans un ensemble et de voir comment ont évolué les pièces de cet ensemble, séparément et en groupe. On veut mettre un environnement autour des faits, des existences derrière des noms. On veut apprendre, on veut comprendre.
Mais « l’autobiographe » veut aussi faire comprendre. Il ne se contente pas d’écrire pour lui, il se soucie déjà des autres. Parfois sans s’en rendre compte, il passe d’une réflexion personnelle à une sorte de démonstration pour autrui. Il se doit alors d’être clair, et convaincant. Et c’est pour cela qu’il fait appel au professionnel. Pour être compris, c’est-à-dire reconnu, c’est-à-dire aimé. Dans la foulée, il va vraisemblablement se fixer un objectif supplémentaire : rendre plaisant. Il va chercher à écrire, à faire écrire, pas seulement pour faire le point sur son existence, pas seulement pour la dévoiler, mais aussi pour la rendre intéressante, au moins le temps d’un livre. On sort là d’une fonction purement thérapeutique de l’écriture pour passer à quelque chose qu’il faut bien appeler une création (même si certains affirment créer en se moquant du regard des autres – Est-ce vraiment possible ?). L’autobiographe s’est piqué au jeu, il est devenu auteur. Il n’est pas artiste pour autant, mais il ne le prétend pas.
Là encore, l’écrivain public se doit de fixer les limites. Oui, je peux vous aider à raconter votre vie, mais je ne suis pas romancier. Et vous non plus. Le tact et l’honnêteté sont dans ce cas plus nécessaires que jamais. On devine d’ailleurs quelques voix s’élevant pour accuser les écrivains publics de favoriser le développement d’un narcissisme exacerbé. Nous espérons avoir montré que les objectifs poursuivis par les clients sont le plus souvent louables. Que ceux qui font mine de les récuser s’arrêtent quelque temps sur leur comportement : ils verront d’eux-mêmes qu’ils ressentent eux aussi, d’une manière ou d’une autre, le besoin de se raconter.

Le plus du professionnel et la compréhension du confident
Pour terminer, je reproduis ici, avec son autorisation, l’extrait d’une préface rédigée à la demande d’une cliente, que j’avais aidée à écrire le récit de sa vie. Ces quelques lignes montrent bien finalement les tenants et aboutissants de ce métier pas comme les autres :
« On a toujours tendance à écrire des histoires linéaires, sans coupures, logiques, où tout est compréhensible et compris. On dira que c’est un des rôles de l’écrivain public que de rendre limpides des faits qui ne le sont pas toujours, et perceptibles des personnages un peu troubles.
Pourtant, lorsqu’on recueille le témoignage d’une personne âgée qui se penche sur sa vie, nous nous apercevons qu’il y a des trous, des brisures, des contradictions. Notre premier réflexe est de les gommer, pour simplifier à la fois l’écriture et la lecture. À bien y réfléchir, je me demande si ce n’est pas une erreur. Pourquoi vouloir tout expliquer ? Alors que la vie nous livre chaque jour des faits que nous ne comprenons pas. Pourquoi vouloir montrer la continuité entre deux actions, ou deux périodes ? Alors que, bien souvent, nous sommes surpris par un agissement, que rien ne semblait augurer. Pourquoi vouloir que les jours d’une existence se succèdent les uns aux autres avec logique ?
Il faut, bien sûr, être lisible. Sans cela, à quoi servirait-il de raconter ? La psychologie nous apprend par ailleurs que la plupart de nos comportements d’adultes se trouvent en germe dans les apports et les manques de l’enfance. Naturellement. Il ne s’agit pas de nier les enchaînements, de céder à un caprice d’auteur, de faire un exercice de style. Mais nous tâcherons dans ce récit de vie de laisser à Gisèle, puisqu’il s’agit de Gisèle, ses parts d’ombres et de mystères.
Ce livre est le sien, elle voulait le faire, je l’ai aidée. Mon premier souci, comme toujours, a été de lui être fidèle. Je ne suis que l’intermédiaire entre sa tête, ou plutôt son cœur, et les yeux du lecteur, son cœur également. Ma fidélité a consisté, tout en accomplissant le travail du médiateur dont elle avait besoin, à respecter ses hésitations. Si je suis arrivé à les transcrire, je pense lui avoir apporté le plus du professionnel et la compréhension du confident ».

© P.Y. Roubert.
Reproduction interdite sans autorisation

 
 
 
 
III – Pierre-Yves Roubert écrivain public
 
 

C’est en 1995 que Pierre-Yves Roubert, né en 1965, diplômé de Sciences-Politiques, décide, après quelques années de travail auprès de parlementaires et d’élus locaux, de réhabiliter un des plus vieux métier du monde : l’écrivain public.
Son but ? Aider les particuliers à écrire, des lettres, des livres, des discours, des rapports, etc. Il se déclare en tant que professionnel libéral, investit dans un ordinateur et une imprimante, et libère une pièce de son appartement au centre de Brive (Corrèze, 50 000 habitants) pour commencer.
Il récupère alors des travaux très divers : rédaction de C.V., menus, mémoires, publi-reportages, dépliants d’entreprise, mise en forme de plaquettes associatives, réécriture romanesque, correction de textes et… recueil de mémoires et récits de vie. Assez vite, il développe ces travaux longs d’aide à l’écriture autobiographique.
Dans le prolongement, il fonde en 1997 les éditions Écritures, dont le but est de permettre la publication des récits de vie réalisés en tant qu’écrivain public, et ainsi d’offrir un service complet de l’aide à l’écriture jusqu’à la transformation en livre, augmentée d’une aide à la promotion et à la diffusion.
Depuis, beaucoup de récits ont été écrits ou réécrits pour le compte de particuliers, et les éditions Écritures ont publié de nombreux livres. En tant qu’écrivain public, si le récit de vie est devenu l’activité dominante de Pierre-Yves Roubert, il continue à réaliser tous types de travaux d’écriture, des plus courts aux plus longs, des plus simples au plus complexes.

 

 


 
 
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